HOMMAGE | Marie-Claire Cottin

12 août 2025

par Régine Orlik, présidente de l’AFPC et professeure de chant lyrique au conservatoire de Versailles Grand Parc.

Marie-Claire Cottin, membre fondateur de notre association, nous a quitté.e.s le 27 juillet dernier à l'âge de 89 ans. Beaucoup d'entre nous, dont moi, lui devons une formation solide en chant lyrique et en pédagogie de la voix. J'ai eu la chance de suivre avec elle la formation préparatoire au Diplôme d'Etat de Professeur de Chant, organisée par l'ARIAM. Je garde le souvenir de son écoute attentive, de son attitude à la fois bienveillante et très exigeante, et de ses conseils justes et efficaces. Ils m’accompagnent encore aujourd'hui dans mon quotidien de professeure de chant lyrique.

Après des études de musique très complètes (piano, orgue, harmonie et chant), Marie-Claire Cottin se consacre tout d'abord à la direction de chœur. Pendant cette période, elle intervient comme soliste dans différents ensembles avec lesquels elle réalise concerts et enregistrements.

A partir de 1980, grâce à ses rencontres régulières avec Christiane Castelli, puis avec Richard Miller et Margreet Honig, ses activités s'orientent définitivement vers la pédagogie du chant.

Elle a fait partie du groupe de professeurs de chant ayant suivi les stages de Richard Miller organisés par le ministère de la Culture à partir de 1985, et qui a conduit à la naissance à l'AFPC. Dans son enseignement, elle a transmis de façon particulièrement précise les apports de Richard Miller dont le livre « La structure du chant » reste une référence.

Professeure de chant  titulaire à l'Haÿ-les-Roses, Marie-Claire Cottin a également assuré à l'ARIAM Île-de-France la préparation au DE des professeurs de chant et des chefs de chœur ainsi que leur formation vocale et pédagogique. Sur ces mêmes sujets, elle est intervenue dans un grand nombre de Centres Polyphoniques de l'hexagone (Missions Voix actuelles).

par Anne Delafosse, chanteuse et enseignante au CNSM de Lyon dans le cursus Chant Musique Ancienne et ancienne coordinatrice du département Voix

Comme beaucoup, j’ai appris avec Marie-Claire et elle est le principal pilier de ma formation.
J’avais 16 ans et je vivais à St Etienne de Rouvray. Elle connaissais le directeur de l’école de musique, Gérard Carreau. Ce lien de connaissance a probablement joué dans le fait qu’elle s’arrête sur son trajet vers Le Havre (où elle avait un poste, un vrai) pour donner quelques heures de cours de chant dans cette école de musique de l’agglomération rouennaise.
Quelle chance cela a été pour moi et pour tous les autres apprentis-chanteurs de cette école de musique ! C’était dans les années 1984 et suivantes.

J’arrivais dans la salle, en avance de l’heure du cours, selon ses recommandations, pour me mettre au tapis et faire les exercices de respiration et de mouvement pendant que le cours précédent se terminait.
« Embrasser la grosse dame », « la troisième lèvre » (mettre la langue comme une troisième lèvre), le sourire triste pour le soulèvement des pommettes… ce sont autant d’expressions qui m’ont accompagnée tout au long de ma vie de chanteuse.
Une fois à Lyon, au CNSMD (d’ailleurs je me souviens l’y avoir croisée, en juin 1988, elle se présentait au concours de recrutement pour l’ouverture de la classe « chant musique ancienne » dans le cadre de la création du département de musique ancienne. Ah si elle avait été prise… (le choix du jury s’est alors porté sur Jacqueline Bonnardot) je l’aurais eu à nouveau comme enseignante) les bases qu’elle m’a données sont restées des repères salutaires et je continuais à prendre quelques cours particuliers chez elle à Paris pour ne pas perdre le nord.
Elle m’a raconté une fois : « j’ai perdu mon professeur trop tôt, c’est triste mais c’est aussi ce qui m’a obligé à me construire en cherchant seule ».
Et c’est le souvenir qu’elle me laisse : avec des convictions, mais étayées, pas péremptoires, elle n’était pas arrêtée dans sa démarche, mais toujours en recherche, s’interrogeant. Avec une idée du son, du « beau son vibrant » au service de l’expression.